Les effets sur les systèmes de mémoire dans la maladie d’Alzheimer

1. Amnésie antérograde et rétrograde

L’amnésie est un des symptômes principaux de la maladie d’Alzheimer.
On peut distinguer 2 types d’amnésies:

A. L’amnésie Antérograde:
Il s’agit d’une difficulté importante ou d’une impossibilité à enregistrer toute nouvelle information.
On parle également d’un oubli à mesure. Cette amnésie est d’apparition précoce dans la maladie d’Alzheimer et représente un sérieux handicap dans la vie quotidienne. Ainsi le malade peut ne plus se rappeler ce qu’il vient de faire. Il oublie par exemple, ce qu’il a mangé à midi. Il peut également oublier une visite que vous venez de lui faire, et ainsi, vous reprocher de ne jamais venir.

B. L’amnésie rétrograde:
Il s’agit d’une difficulté importante ou d’une impossibilité à se remémorer les épisodes du passé.
Par exemple, une personne suite à un accident de la route peut être incapable de décrire la situation qui a précédé l’accident. Elle a oublié les quelques minutes qui se sont déroulées avant le choc. Cette amnésie rétrograde est présente dans la maladie d’Alzheimer. Le gradient temporel évolue très souvent avec la gravité de la maladie. Ainsi, la personne conserve ses souvenirs de jeunesse, en revanche, elle peut être incapable de vous dire ce qu’elle a fait après avoir pris sa retraite. On explique alors certains comportements vécus de façon douloureuse par les proches, comme le fait de ne pas se souvenir de ses petits enfants ou arrières petits enfants. Un malade peut également vouloir rentrer chez ses parents car il ne conserve plus le souvenir de leur décès, ni d’avoir lui-même fondé une famille.

C. Quelles sont les conduites à tenir face à ses oublis?

Il est souhaitable de ne pas poser de questions qui mettent en jeux la mémoire récente (Par exemples: qu’est ce que tu as fait aujourd’hui? Qui a téléphoné? Etc.). Le malade a en effet, de grosses difficultés à répondre et se retrouve ainsi en échec. Ces échecs trop souvent répétés entraînent un repli sur soi, ou bien une conduite agressive. Il est plus judicieux de solliciter la personne atteinte sur son passé lointain, son enfance. Ces épisodes de vie sont généralement, les mieux conservés. Le malade est en terrain connu, il peut répondre, et se sent valorisé.

2. Processus de création du souvenir

La mémoire à long terme obéit à 3 grands processus: L’encodage, le stockage et la restitution.

A. L’encodage
L'encodage vise à donner un sens à la chose à remémorer. Par exemple, le mot "citron" peut être encodé de la manière suivante : fruit, rond, jaune. Si ce mot n'est pas spontanément restitué, l'évocation d'un indice issu de l'encodage (par exemple : fruit) permettra de le retrouver. De la profondeur de l'encodage, donc de l'organisation des données, dépendra l'efficacité de la récupération. L’encodage dépend également du contexte émotionnel. Les événements à forte potentialité affective sont généralement mieux encodés. Les plus anodins le sont beaucoup moins. Ainsi, je me souviens d’avantage de mon mariage, datant pourtant d’une dizaine d’années, que de la robe que portait ma voisine de palier il y’a 10 jours. Les intérêts personnels ont également leur importance. De ce fait, étant éleveur de bétail, je me souviens d’avantage des bêtes exposées au dernier salon de l’agriculture que mon cousin Charles qui a toujours vécu en ville et qui exerce la profession d’avocat. Enfin les connaissances préalables et les souvenirs sont des facteurs favorisant l’encodage (Ex: Oui je me rappel bien de Suzanne, c’est elle qui ressemble beaucoup à ma tante Angèle.).

B. Le Stockage
Une information, même bien encodée, est toujours sujette à l'oubli. Le stockage est un processus actif de consolidation rendant les souvenirs moins vulnérables à l'oubli. C'est cette consolidation qui différencie le souvenir des faits récents du souvenir des faits anciens qui, eux, sont associés à un plus grand nombre de connaissances déjà établies. Le stockage est soumis aux mêmes facteurs que l’encodage. Il est en plus favorisé par la réactualisation des informations stockées en mémoire. De ce fait, ayant appris l’allemand il y’a une dizaine d’années, et n’ayant plus eu l’occasion de le lire depuis et encore moins de le parler, je n’en conserve a présent que de vagues notions.

C. La restitution
Finalement, la restitution, volontaire ou non, fait appel à des mécanismes actifs qui vont utiliser les indices de l'encodage.
L'information est alors copiée temporairement de la mémoire à long terme dans la mémoire de travail pour être utilisée. Plus un souvenir sera codé, élaboré, organisé, structuré, plus il sera facile à retrouver. On comprend alors que l'oubli peut être causé par des ratés à chacune de ces étapes : mauvais encodage, trace insuffisamment consolidée ou difficulté de récupération.
La restitution est également sujette à modification, puisqu’il s’agit comme nous l’avons dit, d’un processus actif. Ainsi, les souvenirs que nous produisons ne correspondent jamais complètement à la réalité. Ils peuvent être embellis, altérés, exagérés etc. Ces souvenirs sont également sensibles aux discours des personnes qui ont vécu les mêmes évènements que nous.
La restitution de l'information encodée dans la mémoire à long terme est traditionnellement subdivisée en deux types. Le rappel implique une restitution active de l'information. La reconnaissance requiert seulement de décider si une chose parmi d'autres a été préalablement rencontrée. L'activation pour le rappel est plus difficile car elle fait appel à l’activation d’un nombre de détails plus importants que la reconnaissance qui se base sur le sentiment de familiarité.
Ainsi, un malade d’Alzheimer peut par exemple, éprouver une grande difficulté dans l’évocation du prénom d’un de ses proches, alors qu’il peut encore le reconnaître comme étant une personne familière s’il est présent.
Il peut également prendre son conjoint pour un de ses parents, conservant ainsi la dimension familiale, mais occultant le souvenir exact du rôle.

3. Les mémoires à long terme

Il existe plusieurs types de mémoire à long terme. Ces dernières nous servent à évoquer des souvenirs, énoncer des connaissances que nous avons sur le monde ou encore exercer des activités automatiques (faire du tricot, du vélo etc…)

A. Mémoire implicite/explicite

L'acquisition d'un souvenir peut se faire de manière consciente, volontaire, et la connaissance acquise peut être exprimée, témoignant du caractère explicite de l'acquisition. La construction du souvenir peut également se faire à l'insu du sujet et être mis en évidence de manière indirecte par des actes et non de façon verbale. La répétition de l'acte dépendra d'un système de mémoire implicite.

B. Mémoire épisodique

La mémoire épisodique est le système impliqué dans le souvenir des événements personnels, comme ce qui a été vécu la veille, par exemple. La charge émotionnelle vécue par le sujet au moment des faits conditionne la qualité de la mémorisation épisodique. C'est un système permettant donc d'enregistrer des informations spécifiques, situées dans leur contexte temporel et spatial. Il fonctionne sur la base d'un rappel lié à l'indiçage. Un évènement va nous rappeler un évènement, qui lui-même va nous rappeler un autre évènement et ainsi de suite. Cette mémoire est très sensible à l'oubli. Le souvenir a donc besoin d'être consolidé pour s'inscrire dans la durée. Ainsi on évoque la mémoire épisodique en fonction du délai d'oubli en mentionnant la mémoire des faits récents ou des faits anciens. La mémoire épisodique est le principal objet des plaintes des patients ou de leur entourage. Elle est sujette à l'amnésie rétrograde et antérograde. Le malade a du mal à se souvenir des faits les plus récents. Or, étant donné qu'elle est liée à la charge affective du souvenir, il arrive parfois que le malade puisse mémoriser certains évènements très connotés affectivement. Cependant ces derniers ne seront pas forcement encodés stockés et restitués dans leur intégralité. Ce qui explique qu'un malade vivant un épisode désagréable puisse très bien conserver en mémoire un ressenti négatif. En revanche, il a plus de mal à en conserver les causes. Il développe alors un discours qualifié de "délirant" pour légitimer une angoisse, un sentiment d'échec etc. Par exemple, on pousse un malade qui s'y oppose à se doucher le matin. Après cet épisode, il se sent à juste titre frustré et incompris. Ce ressenti peut l'amener à développer une certaine agressivité. Si par la suite on demande au malade la raison de son agitation, ce dernier peut parfaitement répondre qu'il pense que sa femme le trompe, ou bien que l'on conspire contre lui, légitimant ainsi le mal être qu'il ressent sans avoir recours à une mémoire des faits défaillante.

C. La mémoire sémantique.

La mémoire sémantique est impliquée dans la connaissance du monde et du langage, sans référence nécessaire aux conditions d'acquisition. C'est la mémoire des mots, des idées, des concepts indépendants du contexte temporo-spatial. La capacité du patient à raconter sa journée d'hier relève de la mémoire épisodique, celle qui consiste à savoir qu'un thermomètre est un instrument qui sert à mesurer la température relève de la mémoire sémantique. C'est la capacité à se rappeler les faits connus de tous, par exemple, le nom des anciens présidents de la République. La mémoire sémantique apparaîtrait comme moins sensible aux dégradations liées à la maladie. Le malade est capable de conserver un certains temps les connaissances apprises et sur apprises durant son enfance. Ainsi, il peut parfaitement réciter une fable de Lafontaine et ne pas être capable en revanche de nommer ses petits enfants.

D. Mémoire procédurale

Elle permet l'acquisition d'habiletés sans recours au rappel volontaire et se traduit dans le comportement du sujet, par l'amélioration progressive de ses performances. C'est cette mémoire qui permet, par exemple, de conduire sa voiture, ou de manger sans avoir à être totalement concentré sur ces tâches. Il existe une phase explicite d'apprentissage en début d'acquisition. Puis la procédure s'automatise et sa mise en œuvre finit par ne plus faire susciter de rappel sur le mode explicite. Ainsi un candidat au permis de conduire doit, dans le premier temps, faire un effort conscient de rappel afin de conduire. Puis au fur et à mesure qu'il s'exerce, il automatise ses actions jusqu'à ne plus faire d'effort de rappel conscient.
La mémoire procédurale est peu sensible aux dégradations de la maladie. Ainsi nous voyons des malades aptes à conduire, mais incapables de s'orienter. Il n'est pas rare de voir également des malades en phase avancée de la maladie, alors que le langage même n'existe plus, retrouver sans la moindre difficulté des pas de danse.

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