Maladie d’Alzheimer et troubles du comportement  

 

1.Introduction

 

Les troubles du comportement sont extrêmement fréquents dans la maladie d’Alzheimer, tout autant que les troubles de la mémoire et de l’orientation. Ils sont le plus souvent la conséquence directe des lésions cérébrales et épuisent l’entourage lorsqu’ils se produisent de façon répétée. Ils sont ainsi la première cause de placement du malade en institution.

Avant de passer en revu quelques uns des troubles les plus fréquents, il convient de replacer le malade dans le contexte général lié à sa pathologie. Si l’on doit décrire de façon succincte et schématique le parcours d’un malade, il en est ainsi :

Un malade d’Alzheimer est une personne qui, progressivement, perd la plupart de ses facultés. Il a de plus en plus de mal à mémoriser, à se souvenir et son langage se dégrade. Elle s’oriente de moins en moins dans le temps et dans l’espace. Le monde qui l’entoure devient ainsi, plus compliqué qu’il ne l’était auparavant.

Sur le plan psychologique, tout ce qui pouvait auparavant étayer son identité disparaît : retrait de la possibilité de conduire, de la gestion des finances, de la liberté de se déplacer à l’extérieur etc.

On peut ajouter à cela une frustration et une mise en échec quasi constante. Le malade d’Alzheimer se retrouve perpétuellement face à ses limites.

Ainsi, dans ce contexte type où le malade éprouve un grand malaise qu’il ne peut plus exprimer par la parole, le trouble du comportement prend du sens. Il  devient signifiant et s’apparente à un langage à part entière qu’il convient d’entendre et de décrypter.

L’attitude la plus adéquate de la part de l’aidant principal est donc la mise en place d’une écoute attentive dépourvue de jugement et reposant sur l’empathie. Cette dernière se définit comme une relation basée sur la compréhension de l’autre.

 

2. Les 4 questions à se poser

 

Il convient donc de se poser une série de question quand survient une manifestation comportementale inappropriée. A savoir :

 

Où ? -> C'est-à-dire où c’est produit le trouble ? Est-ce chez le malade ? A l’extérieur ? Y’a-t-il un objet qui aurait déclenché ce trouble, comme par exemple un miroir ?

Il y’a dans la maladie d’Alzheimer une désorientation importante. Le malade perd ses points de repère. S’il se trouve dans un endroit non familier, il peut alors développer une angoisse anormale. Il peut également à un stade avancé, avoir du mal à se reconnaître dans une glace et de ce fait, prendre son reflet pour une autre personne. Et enfin, un malade dans son domicile peut avoir du mal à se sentir chez lui, s’il n’a conservé que le souvenir de la maison de son enfance.

 

Quand ? -> A quel moment de la journée se produit le trouble ? Le matin ? Le soir ?

Il peut y avoir des moments de la journée où le malade est plus sensible comme par exemple en fin de journée lorsque la lumière décroît et que les contours des objets qu’il observe sont moins nets. Il y’ a alors une augmentation de la désorientation et certaines zones d’obscurité sont sujettes à interprétation.

Conseils utiles : Pensez à augmenter l’éclairage au domicile afin de palier l’obscurité de certains endroits. Prévoyez également une activité apaisante, comme par exemple, l’écoute de chansons de la jeunesse du malade.

 

Comment ? -> Comment s’exprime le trouble ? S’agit-il d’une angoisse ? D’une agressivité ? D’un repli sur soi ? Etc.

Il est préférable de tenir compte de la nature du trouble afin d’avoir un comportement adapté comme nous le verrons en détails par la suite.


Pourquoi ? -> Quel sens pouvons-nous donner à ce trouble ?

Le trouble du comportement, comme nous l’avons déjà écrit plus haut, doit être vu comme un signifiant. A travers lui, le malade veut communiquer un ressenti. Il convient de le décoder.

Les causes les plus fréquentes de ces troubles sont les mises en échec et les frustrations chez le malade. Celui-ci face à ses limites éprouve une angoisse, un ressenti négatif qu’il a du mal à exprimer. Cette difficulté d’expression est le plus souvent liée aux troubles du langage, les mots lui manquent. Elle peut être également liée à une certaine pudeur. Il n’est pas facile pour un malade d’admettre une grande perte d’autonomie. Celui-ci peut craindre de se ressentir comme un fardeau pour son entourage.

Ainsi, il convient de prévenir la mise en échec. Cette dernière se produit quotidiennement, sans même que l’on s’en rende compte. Par exemple, il n’est pas rare que l’on pose des questions au malade mettant en jeu la mémoire à court terme (Qu’est ce que tu as fait au centre aujourd’hui ? Qu’as-tu mangé ? Ou a tu mis tes lunettes ? Etc.).

Ce type de mise en échec peut facilement être évité. Mais il nécessite de la part de l’aidant un contrôle important sur lui-même. Il faut alors éviter toutes les questions mettant en jeu la mémoire à court terme.

En revanche, vous pouvez poser des questions d’avantage centrées sur le ressenti qui ne font pas appel à une réponse élaborée. (As-tu bien dormi ? As-tu bien mangé ? As-tu passé une bonne journée ?)

D’autres mises en échec sont difficiles voir impossibles à prévenir. Dans ce cas, n’hésitez pas à montrer au malade que vous comprenez ses difficultés, et qu’il est normale, dans le cadre le la maladie d’avoir ces limites. Réintégrez des éléments positifs en lui évoquant les raisons pour lesquelles il garde un rôle significatif auprès de son entourage proche.

 

3.Les troubles du comportement 

 

-> Attention : Si les troubles du comportement évoqués à la suite venaient à se reproduire régulièrement, n’hésitait surtout pas à en parler au médecin traitant.

-> Attention : Toujours être vigilant au fait qu’une manifestation comportementale peut signaler une douleur non exprimée par le malade. Si vous avez un doute, parlez-en au médecin traitant.

 

A.Les idées délirantes  

 

Le malade des choses dont vous ne savez qu'elles ne sont pas vraies. 

Par exemple : idées de vol, de menace, de mensonges, que son conjoint a une liaison… Il peut croire que les personnes visibles à la télévision sont présentes dans sa maison...

La personne en est, généralement, totalement convaincue.

 

Comment faire ?

 

->  Ouvrir un espace de parole. Il est important d’écouter la personne et d’essayer de la comprendre. Eviter de préférence tout jugement ou attitude moralisatrice. Ne pas tenter de raisonner la personne.

->  Une fois l’écoute assurer, essayer de rassurer la personne sans contester ses convictions sans quoi elle ne sentirait plus écoutée.

->  Une fois les 2 étapes franchies et seulement à ce moment là, vous pouvez tenter de détourner son attention, de la distraire dans le but de focaliser ses ressources vers une activité ludique et apaisante (Par exemple, écoute de musique, marche à l’extérieur etc.). On peut également orienter la discussion vers des sujets valorisants pour le malade, comme par exemple, son ancien métier, ses enfants etc.

 

 

 

B.Les hallucinations  

 

Le malade peut avoir des hallucinations visuelles, auditives, olfactives…

Par exemple, le malade peut avoir des goûts dans la bouche dont on ne connaît pas la cause, peut ressentir des choses sur sa peau ou des choses qui rampent sur lui, des choses qui le touchent, peut sentir des odeurs qui n'existent pas, peut voir des personnes, animaux, lumière, que les autres ne voient pas, peut entendre des voix, parler à des personnes qui ne sont pas la...

 

Comment faire ?

 

->  Il faut consulter un spécialiste afin d'identifier les causes d'un tel comportement qui peuvent être variées (effets secondaires au traitement…)

->  Modifier l'environnement qui est susceptible d'être à la source d'un tel comportement, par exemple modifier l'éclairage. 

->  Si la prévention ne suffit pas adopter le même type de comportement que pour les idées délirantes :

 

- Ouvrir un espace de parole. Il est important d’écouter la personne et d’essayer de la comprendre. Eviter de préférence tout jugement ou attitude moralisatrice. Ne pas tenter de raisonner la personne.

- Une fois l’écoute assurer, essayer de rassurer la personne sans contester ses convictions sans quoi elle ne sentirait plus écoutée.

- Une fois les 2 étapes franchies et seulement à ce moment là, vous pouvez tenter de détourner son attention, de la distraire dans le but de focaliser ses ressources vers une activité ludique et apaisante (Par exemple, écoute de musique, marche à l’extérieur etc.). On peut également orienter la discussion vers des sujets valorisants pour le malade, comme par exemple, son ancien métier, ses enfants etc.

 

 

C.Agitation/Agressivité/Opposition  

 

Le malade refuse le plus souvent l'aide qu'on lui apporte, refuse de coopérer. Par exemple, le malade peut être agacé par les personnes qui essaient de s'occuper de lui, il peut s'opposer à certaines activités comme : se laver, changer de vêtements... Il peut également totalement refuser l'aide qu'on lui apporte, jurer, claquer les portes, donner des coups de pieds dans les meubles, lancer des objets, frapper...

 

Comment faire ?

->  Rester calme, surtout ne pas s'énerver. Le malade peut vous agresser verbalement, vous éloigner…il faut absolument que vous gardiez à l'esprit que ce comportement désadapté est une composante de la pathologie, ce n'est donc pas vous qui le suscitez.

->  Ouvrir un espace de parole. Il est important d’écouter la personne et d’essayer de la comprendre. Eviter de préférence tout jugement ou attitude moralisatrice. Ne pas tenter de raisonner la personne.

->  Une fois l’écoute assurer, essayer de rassurer la personne sans contester ses convictions sans quoi elle ne sentirait plus écoutée.

-> Si la personne reste dans l’émotion, lui proposer une autre alternative, comme par exemple, aller se promener et engager la conversation, si cela est possible, sur un sujet distrayant.

-> Ne vous négliger pas, ne prenez pas de risque, parfois quitter la pièce est le comportement le plus adapté, la personne a alors le temps et l'espace de s'exprimer puis de se recentrer et de se calmer.

-> Informer un spécialiste.

-> Afin de prévenir un tel comportement, tenter si cela est possible d'identifier ce qui a déclenché ce comportement.

 

 

Les comportements à éviter :

-> Tenter de raisonner la personne

->  Se sentir personnellement offensé

->  Retenir la personne par la force et l’immobiliser

 

D.Dépression  

 

Le malade semble ou dit être triste ou déprimé. 

Par exemple, le patient sanglote, pleure régulièrement, il dit ou fait des choses qui indiquent qu'il n'a pas le moral, se dévalorise, ne peut se projeter dans un avenir proche et par ailleurs, dit ne pas avoir d'avenir. Il se vit comme un fardeau pour sa famille, exprime son désir de mourir...

->  Attention ! Ne pas confondre dépression et apathie (Lien vers G).

 

La dépression est très fréquente en début de maladie d'Alzheimer, car la personne peut être à ce moment là très consciente de ses difficultés. Elle est également très fréquente dans les atteintes sous-corticales telles que la maladie à corps de Lewy ou la maladie de Parkinson.

 

->  Certains changements peuvent évoquer une dépression sous jacente, chez le malade tout comme chez l’aidant principal: 

->  Altération de la qualité du sommeil

->  Changements alimentaires (ex perte de l’appétit)

->  Perte de la vitalité avec installation d’une fatigue chronique

->  Idées suicidaires, pensées « négatives »

->  Difficultés majeures de concentration 

->  Niveau d'activité réduit

 

 

Que faire ?

->  Ouvrir un espace de parole régulier. Le besoin d’écoute dans la dépression est très important.

->  Lutter contre l'isolement de la personne, la resocialiser. La fréquentation d’un accueil thérapeutique, peut par exemple être un facteur important de resocialisation.

->  Travailler sur le maintien de l'autonomie en sollicitant le malade sur ce qu’il sait encore faire. Attention à ne pas lui en demander trop. Une mise en échec renforcerait l’état dépressif.

->  Revaloriser la personne sur ce qu’elle fait correctement.

->  N’hésitez pas à en parler à un médecin.

 

 

 

E.Anxiété  

 

Le malade est nerveux, inquiet ou effrayé sans raison apparente. Il est tendu, a du mal à rester en place, craint la séparation. 

 

Par exemple, la personne dit se faire du souci pour des événements qui sont prévus, peut se sentir mal à l'aise, être tendue, avoir des difficultés pour se relaxer, peut se plaindre d'avoir le souffle coupé, d'avoir l'estomac noué, des palpitations cardiaques dues à la nervosité. Certaines situations peuvent l'angoisser (voir du monde, conduire, RDV...). Elle peut également être contrariée lorsqu'elle est séparée de l'aidant...

Les sources de l'angoisse peuvent être multiples et sont ne malheureusement pas toujours identifiables.

 

Comment faire ?

 

->  Ecouter la personne

->  Rassurer la personne par la parole ou physiquement par exemple lui serrer doucement la main.

->  Possibilité de divertir la personne malade tout en ayant pris soin de bien l’écouter avant. 

 

F.Exaltation de l'humeur/ Euphorie  

 

Le malade semble trop joyeux ou trop heureux sans aucune raison apparente. Il présente une bonne humeur anormale et constante, trouve drôle ce qui ne fait pas rire les autres. A ne pas confondre avec la joie normale et adaptée que quelqu'un peut éprouver lors de certaines situations heureuses. 

Ce trouble, peu fréquent dans la maladie d’Alzheimer, se rencontre plus souvent dans des maladies comme les dégénérescences fronto-temporales, la maladie de Korsakov ou les démences vasculaires de type frontal.

 

Comment faire ?

->  Ne pas se montrer choquer par le comportement car dans le cas contraire il peut s'en suivre des réactions exagérées.

->  Si la personne fréquente une institution et que son comportement est difficile à supporter pour les autres, essayer d'éloigner la personne calmement et lui proposer une distraction. Attention l'éloignement doit être consenti par le malade et ne doit en aucun cas être vécu comme une punition.

 

 

 

G.Apathie/ Indifférence affective  

 

Le malade a perdu tout intérêt pour le monde qui l'entoure, n'a plus envie de faire des choses ou manque de motivation pour entreprendre de nouvelles activités. Il y’a une grande perte d'initiative (il engage moins ou plus du tout la conversation, a des difficultés dans la prise de décision...).

Sur le plan affectif, le malade est moins expressif, comme si ses sentiments étaient émoussés.

L’apathie est le trouble le plus fréquent dans la maladie d’Alzheimer et il est un de ceux qui est le plus mal vécu par l’entourage. La famille a ainsi l’impression que leur proche baisse les bras, qu’il ne se bat plus contre la maladie.

 

 

Comment faire ?

->  Ne pas obliger le malade à faire quelque chose qu'il n'a pas envie de faire, au risque d’accentuer le repli sur soi.

->  Stimuler la personne physiquement et mentalement en initiant des activités que la personne peut réaliser elle-même, et ce, dans le but d’éviter que s’accélère la perte d’autonomie.

->  Avoir une attitude positive par rapport à ce que le malade fait dans le but de l’encourager à reproduire ultérieurement son activité.

->  Il est parfois difficile pour un proche de prendre en charge la stimulation d’un malade apathique. Dans ce cas ne pas hésiter à orienter le malade vers une structure de type accueil de jour où une XANDXeacute;quipe de professionnels proposera un programme d’activités adapté à la symptomatologie.

 

 

 

H.Désinhibition  

 

Le malade agit de manière impulsive, sans réfléchir, dit des choses en général qui ne se disent pas en public, fait des choses embarrassantes son entourage. 

Par exemple, il peut parler à des personnes qui sont totalement étrangères comme si il les connaissait. Il peut dire aux gens des choses déplacées ou blessantes comme des grossièretés ou des remarques d'ordre sexuel Il peut parler ouvertement de questions très personnelles ou privées dont on ne parle généralement pas en public ou prendre certaines libertés comme toucher ou prendre dans ses bras des personnes d'une façon qui lui ressemblait peu...

Ce trouble va la plupart du temps de paire avec l’euphorie ou l’exaltation de l’humeur. Il est également fréquent dans les dégénérescences fronto-temporales, la maladie de Korsakov ou les démences vasculaires de type frontal, et beaucoup moins dans la maladie d’Alzheimer.

 

Comment faire ?

->  Il est parfois nécessaire de « recadrer » certains comportements de la personne malade. Attention, ce « recadrage » ne doit pas être vécu comme une punition. Avec des personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer, nous ne pouvons pas être dans un apport éducatif comme ce serait le cas avec des enfants.

->  Ne pas se montrer choquer par le comportement car dans le cas contraire il peut s'en suivre des réactions exagérées.

->  Si la personne fréquente une institution et que son comportement est difficile à supporter pour les autres, essayer d'éloigner la personne calmement et lui proposer une distraction. Attention l'éloignement doit être consenti par le malade et ne doit en aucun cas être vécu comme une punition.

 

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